Les poiriers : tout savoir pour les cultiver au jardin

Poirier pépinière dordogne

Par un pépiniériste installé à Prigonrieux, près de Bergerac.

Comment choisir ses poiriers ?

Le poirier est un arbre fruitier qui mérite sa place dans les jardins, même s’il est moins populaire que le pommier. En effet, les poires sont un peu plus capricieuses, notamment pour déterminer leur maturité. Néanmoins, le poirier offre une belle diversité de fruits, des poires d’été fondantes aux poires d’hiver de garde. Et surtout, elles sont absolument délicieuses !

Les poires se classent en deux grandes catégories :

  • Les poires d’été et d’automne, qui se consomment rapidement après récolte. Elles sont souvent fondantes et juteuses.
  • Les poires d’hiver, récoltées tard et qui se conservent plusieurs mois dans de bonnes conditions (entre 1 et 4°C, humidité élevée).

Comme pour les pommiers, il est intéressant de choisir ses variétés en fonction de leur période de maturité pour étaler les récoltes. Certaines poires d’été comme la ‘Beurré précoce Morettini’ se récoltent dès août, et la poire ‘Saint-Jean’ dès début juillet, tandis que d’autres se récoltent en octobre et se conservent jusqu’en hiver. Globalement, plus une variété est précoce, moins elle se conservera.

Point important : Beaucoup de poires d’hiver se récoltent avant leur maturité complète. Elles achèvent leur maturation au cellier. Si on les laisse mûrir sur l’arbre, leur chair devient granuleuse.

D’autres critères peuvent guider vos choix : rusticité, utilisation prévue (poires à croquer, à cuire, à poêler…), tradition locale…

Où planter un poirier ?

Le poirier greffé sur cognassier s’adapte bien aux sols lourds et argileux, ce qui en fait un bon choix pour de nombreux jardins de Dordogne. Il supporte bien l’humidité hivernale.

Les porte-greffes que j’utilise :

  • Franc de Kirchensaller : Porte-greffe vigoureux et rustique, qui donne un grand arbre (6-8m d’envergure adulte). Peut être intéressants pour sols pauvres et difficiles, où sa vigueur sera modérée. Mise à fruit après 4-6 ans.
  • Cognassier : Porte-greffe nanifiant à moyennement vigoureux selon le type (BA29, cognassier A…). Mise à fruit plus rapide (2-3 ans). Préfère les sols frais et profonds. Environ 2-3m d’envergure selon le type. Parfait pour un arbre où la plupart des fruits peuvent être cueillis à la main, sans escabeau.
  • Le poirier Farold 87 : un poirier nanifiant utilisé notamment pour les variétés à compatibilité douteuse avec le cognassier (Williams par exemple). Demande un assez bon sol.

Le franc est très tolérant et convient à la plupart des situations. Le cognassier donne des arbres plus compacts mais demande un sol de meilleure qualité.

Poiriers et pollinisation : autofertiles ou non ?

Les poiriers ne sont généralement pas autofertiles. Il faut donc planter au moins deux variétés différentes pour assurer une bonne pollinisation… ou compter sur les poiriers des voisins.

La floraison des poiriers est précoce (dès février ici en Dordogne), ce qui les rend potentiellement sensibles aux gelées tardives. En pratique, au jardin, les poirier sont beaucoup moins sensibles au gel que les abricotiers par exemple.

Les poiriers sont-ils sensibles aux maladies ?

Les poiriers plantés dans les jardins particuliers peuvent se révéler assez rustiques.

Les principaux problèmes :

  • Le feu bactérien : Les branches se dessèchent brutalement comme si elles avaient brûlé. Éliminer rapidement les branches atteintes en coupant bien en dessous de la zone malade. Désinfecter les outils entre chaque coupe.
  • La tavelure : Taches noires sur les feuilles et les fruits. Moins fréquente que sur pommier, mais présente. Rarement grave chez le particulier.
  • Le carpocapse : Le même « ver de la pomme » peut s’attaquer aussi aux poires. Les chauves-souris et mésanges sont ses prédateurs naturels.
  • La moniliose : Pourriture des fruits, surtout en conditions humides. Éliminer les fruits atteints.

Bonne nouvelle : De nombreuses variétés anciennes de poiriers se montrent très rustiques et productives sans traitement dans un jardin diversifié. Les variétés locales et traditionnelles ont souvent une meilleure résistance que les variétés modernes de supermarché.

Faut-il éclaircir les poires ?

Comme pour les pommiers : ça dépend !

L’éclaircissage n’est pas systématiquement nécessaire. Il s’effectue en réaction à ce qu’on observe. Si le poirier croule sous les jeunes fruits et que ceux-ci risquent de se gêner mutuellement, de rester trop petits ou de casser des branches, alors un éclaircissage s’impose. Enlever une partie des fruits permet aux autres de mieux se développer.

Certaines variétés fructifient modérément et n’ont jamais besoin d’éclaircissage, tandis que d’autres peuvent produire de façon excessive certaines années.

Faut-il tailler les poiriers ?

La taille n’est pas obligatoire, mais certaines variétés peuvent avoir un port naturellement dressé, ce qui peut justifier une taille de formation plus importante si on souhaite structurer l’arbre.

Taille de formation : Les premières années, on peut choisir et orienter les charpentières (branches principales) pour former la structure de l’arbre. Mais attention : une mauvaise taille fait plus de mal que pas de taille du tout.

Taille de l’arbre adulte : Le poirier fructifie sur du bois de 2 ans et plus (bourses et lambourdes). Une taille excessive compromet donc la fructification. L’arbre doit atteindre sa forme adulte naturellement pour bien produire.

Cas particuliers où tailler :

  • Supprimer les branches qui se croisent
  • Aérer le centre si l’arbre devient trop dense
  • Supprimer les branches mortes ou malades (parfois plus fréquent sur poirier que sur d’autres fruitiers)
  • Rabattre les branches trop hautes sur un arbre mature

Les poiriers peuvent-ils être reproduits par semis des pépins ?

Non, pas vraiment.

Comme pour le pommier, un poirier issu d’un pépin sera différent de ses parents. Les variétés de poiriers sont le résultat d’une longue sélection, et une fécondation aléatoire donnera probablement un arbre aux fruits décevants (petits, âpres, peu sucrés).

La seule façon de reproduire fidèlement une variété de poirier est la greffe.

Si vous souhaitez tout de même tenter le semis, choisissez des pépins issus de variétés identifiées.

Comment consommer les poires ?

Les poires se prêtent à de nombreuses utilisations :

  • Fraîches : la plupart des poires d’automne et d’hiver sont excellentes crues
  • Cuites : tartes, crumbles, compotes
  • Poêlées : sucrées, ou en accompagnement de plats salés
  • Conserves : en bocaux au sirop
  • Séchées : certaines peuvent s’y prêter
  • Jus et cidre : moins courant que pour les pommes, mais délicieux
  • Eau-de-vie : la poire Williams notamment

Les poires se marient particulièrement bien avec les fromages (bleu, chèvre…), les noix, le chocolat et les épices (cannelle, vanille, cardamome).

Les poiriers ont-ils d’autres qualités ?

  • Floraison précoce et mellifère : les poiriers sont parmi les premiers fruitiers à fleurir au printemps (dès février), offrant une ressource précieuse pour les pollinisateurs
  • Rusticité contrôlée : un poirier greffé sur cognassier pourra tolérer un sol trop humide pour d’autres fruitiers tout en restant de taille modeste
  • Esthétique : port élégant, belle floraison blanche, feuillage d’automne parfois coloré