Les pêchers : toutes les bases pour en planter au jardin

pêcher muscade

Où planter un pêcher ?

Le pêcher est un arbre de soleil et de chaleur. Il lui faut une exposition bien ensoleillée et un sol drainant : c’est probablement le point le plus important. Il redoute les sols lourds, froids et détrempés en hiver, qui font pourrir ses racines et raccourcissent sa vie déjà relativement brève par rapport à d’autres fruitiers.

Avec le réchauffement climatique, le pêcher trouve dans notre région des étés qui lui conviennent toujours. Son principal ennemi n’est pas la chaleur estivale mais l’humidité printanière, pour des raisons que nous verrons plus bas avec la cloque. À noter aussi que le pêcher fleurit tôt : une gelée tardive au moment de la floraison peut compromettre une partie de la récolte. Mieux vaut donc éviter de le planter dans une cuvette où l’air froid stagne.

Quels sols et quels porte-greffes pour le pêcher ?

Le choix du porte-greffe compte beaucoup, notamment pour l’adapter à votre sol. Voici les principaux :

  • Le franc (semis de pêcher) : c’est le porte-greffe traditionnel. Il donne un arbre vigoureux et bien ancré, mais demande un sol qui ne soit ni trop calcaire ni trop humide.
  • Le Montclar : un franc de pêcher (sélection INRA), vigoureux et homogène. Il donne de bons résultats en sol sain et bien drainé, supporte mieux le calcaire, mais ne tolère pas l’excès d’humidité.
  • Le prunier (Saint-Julien…) : c’est la solution pour les sols plus lourds et argileux, que le pêcher n’apprécie pas naturellement. Le prunier, bien plus tolérant à ce type de terre, permet alors de cultiver un pêcher là où il ne pousserait pas sur franc.

Les différents types de pêches

Sous le nom de pêche se cache une belle diversité :

  • Les pêches classiques, à peau duveteuse, dont la chair peut être blanche, jaune ou plus ou moins rouge selon les variétés. Contrairement à une idée répandue, la couleur de la chair ne préjuge pas vraiment du goût : celui-ci dépend avant tout de la variété et de la maturité à la cueillette. Les pêches à chair blanche ont cependant tendance à être un peu plus fragiles.
  • Les pêches de vigne (dont les fameuses sanguines à chair rouge et vineuse), variétés anciennes réputées rustiques, qui peuvent être reproduient par greffe (donc fidèlement) ou par semis (donc non fidèlement).
  • Les nectarines et brugnons, qui ne sont pas une autre espèce mais des pêches à peau lisse, sans duvet (une simple mutation). Le brugnon a un noyau adhérent à la chair, la nectarine un noyau libre.
  • Les pavies, à chair très ferme et adhérente au noyau, traditionnellement destinées à la conserve.
  • Les pêches plates, à la forme aplatie caractéristique, souvent très sucrées et pratiques à croquer, avec un noyau peu adhérent. Elles ont beaucoup de succès depuis quelques années. Attention cependant : elles ont tendance à être très sensibles à la cloque, ce qui les rend plus délicates à cultiver sans traitement que d’autres pêches.

Comme pour les autres fruitiers, il est possible d’associer plusieurs variétés aux dates de maturité échelonnées pour étaler la récolte sur plusieurs semaines, des pêches précoces de début d’été jusqu’aux pêches de vigne tardives de septembre.

Pêchers et pollinisation : autofertiles ou non ?

Bonne nouvelle : la grande majorité des pêchers sont autofertiles. Contrairement au cerisier ou à la plupart des pommiers, un seul pêcher suffit à obtenir une belle récolte, sans avoir besoin d’un second arbre pollinisateur à proximité. C’est un vrai atout pour les petits jardins où l’on ne peut planter qu’un seul arbre.

La floraison du pêcher : atout et point de vigilance

La floraison rose du pêcher, au tout début du printemps, est l’une des plus belles du verger. Elle est aussi très mellifère, ce qui en fait un arbre précieux pour les premiers butineurs de la saison.

Le revers de cette précocité, c’est le risque de gelée. Comme le pêcher fleurit tôt, une gelée tardive survenant au moment de la floraison peut détruire une partie des fleurs et compromettre la récolte de l’année. On ne peut pas y faire grand-chose, mais on peut limiter le risque à la plantation : mieux vaut éviter les cuvettes et les bas-fonds où l’air froid s’accumule les nuits claires, et privilégier un emplacement légèrement en hauteur ou adossé à un mur qui restitue un peu de chaleur.

La cloque du pêcher : le vrai sujet

Impossible de parler du pêcher sans évoquer la cloque (Taphrina deformans), qui est de loin son problème principal. C’est un champignon qui attaque les jeunes feuilles au débourrement, au printemps : elles se boursouflent, s’épaississent, rougissent et finissent par tomber. Une attaque sévère et répétée sur plusieurs années affaiblit durablement l’arbre et peut compromettre les récoltes.

Point important : la sensibilité à la cloque est en grande partie déterminée par la variété. Je peux le constater chaque année. Les variétés que je reproduis à la pépinière traversent le printemps avec très peu de signes de cloque.

Autre point à comprendre, c’est que la cloque est favorisée par l’humidité au printemps : ce sont les pluies et l’humidité persistantes au moment du débourrement qui permettent au champignon de contaminer les jeunes feuilles. Un printemps sec limite naturellement la maladie.

Je pense que la meilleure défense n’est pas la lutte chimique systématique mais un ensemble de bonnes conditions :

  • Choisir des variétés tolérantes. Beaucoup de variétés anciennes se montrent nettement plus résistantes que les variétés modernes de supermarché. C’est l’élément essentiel.
  • Soigner la vigueur de l’arbre : un pêcher bien nourri, paillé, dans un sol vivant, se défend et se refait un feuillage sain en début d’été si la météo redevient sèche.
  • Favoriser la biodiversité et la circulation de l’air autour de l’arbre.

Il existe aussi des traitements préventifs tolérés en bio, notamment à base de cuivre (bouillie bordelaise), appliqués à la chute des feuilles et/ou au tout début du débourrement. C’est une option, mais le cuivre n’est pas anodin pour le sol, et je préfère miser d’abord sur le choix variétal et la vigueur de l’arbre. Comme toujours, mieux vaut accepter une année difficile de temps en temps que de se lancer dans une lutte chimique sans fin.

Le pêcher a-t-il d’autres ennemis ?

Outre la cloque, on peut rencontrer la moniliose (pourriture brune des fruits, surtout par étés humides), l’oïdium (feutrage blanc sur jeunes pousses et fruits)… Dans un verger diversifié et riche en biodiversité, ces problèmes restent le plus souvent supportables pour le jardinier amateur, la cloque demeurant la véritable préoccupation.

Faut-il tailler le pêcher ?

J’ai souvent tendance à dire que, dans les jardins des particuliers, mieux vaut ne pas tailler que mal tailler. Le pêcher est un peu à part : il bénéficie réellement d’une taille régulière.

La raison est simple : le pêcher fructifie sur le bois de l’année précédente, c’est-à-dire sur les rameaux qui ont poussé l’année d’avant. Un rameau ne donne des pêches qu’une fois. Sans renouvellement, la fructification se déporte progressivement vers l’extérieur et le haut de l’arbre, laissant le centre se dégarnir. Une taille annuelle, en hiver, permet de renouveler ce bois de production et de maintenir des fruits accessibles et bien répartis.

Cela dit, le principe « mieux vaut ne pas tailler que mal tailler » garde sa valeur : inutile de se lancer dans une taille compliquée si l’on n’est pas à l’aise. Un pêcher non taillé produira quand même, simplement il aura tendance à s’épuiser plus vite et à porter ses fruits de plus en plus haut. L’idée générale est d’aérer l’arbre et de supprimer une partie du vieux bois pour stimuler de jeunes rameaux qui porteront les pêches de l’année suivante.

Combien de temps vit un pêcher ?

Il faut le savoir dès la plantation : le pêcher est un fruitier à la vie relativement courte. Là où un pommier ou un prunier peut vous accompagner plusieurs décennies, un pêcher est souvent pleinement productif une quinzaine ou une vingtaine d’années, parfois moins s’il est éprouvé par la cloque ou un sol qui ne lui convient pas.

Ce n’est pas un défaut, c’est sa nature. En échange, le pêcher est un arbre qui pousse vite, produit vite et généreusement. Puis il décline. Mieux vaut donc l’aborder dans cet esprit, sans s’attacher à le maintenir coûte que coûte, et prévoir de le renouveler le moment venu.

Le pêcher peut-il être reproduit par semis du noyau ?

Dans une certaine mesure.

Le pêcher a une nette tendance à l’autofertilité. En se fécondant lui-même, il transmet une part importante de ses caractères à sa descendance. C’est pourquoi un noyau de pêche a de bonnes chances de donner un arbre assez proche du parent. C’est d’ailleurs une pratique traditionnelle : de nombreuses pêches de vigne se perpétuent ainsi de semis en semis, en « franc de pied ».

Attention cependant : « assez proche » ne veut pas dire « identique ». Il y a toujours une part de recombinaison génétique, et le résultat peut réserver des surprises, bonnes ou mauvaises. Pour reproduire fidèlement une variété donnée, la greffe reste la seule méthode sûre. Mais si le cœur vous en dit, semer un noyau de bonne pêche rustique est une aventure qui a de réelles chances d’aboutir à un arbre intéressant.

Quand et comment récolter les pêches ?

C’est peut-être le meilleur argument pour avoir son propre pêcher : la pêche ne mûrit quasiment plus une fois cueillie. Elle peut ramollir, mais elle ne gagnera plus en sucre ni en arôme. C’est pourquoi les pêches du commerce, cueillies fermes pour supporter le transport, n’ont souvent qu’un lointain rapport avec une pêche récoltée à parfaite maturité sur l’arbre.

Une pêche mûre à point cède légèrement sous une pression douce, dégage un parfum net, et se détache de la branche presque toute seule quand on la fait pivoter délicatement. Comme toutes les pêches d’un même arbre ne mûrissent pas en même temps, il faut passer plusieurs fois et cueillir au fur et à mesure. Le fruit étant fragile, mieux vaut le manipuler avec douceur et le consommer rapidement.

Comment consommer les pêches ?

La pêche se déguste avant tout fraîche, à parfaite maturité, cueillie sur l’arbre. Un plaisir sans commune mesure avec les fruits cueillis verts du commerce. Mais elle se prête aussi très bien aux tartes, aux confitures, aux conserves au sirop, au séchage et même à quelques préparations plus originales. Les pêches de vigne, en particulier, font un délicieux vin de pêche et d’excellentes conserves.

Pêche jaune miel