Le principe : deux strates de fruitiers
Quitte à avoir une haie, pourquoi ne pas en profiter pour produire un maximum de fruits ? C’est toute l’idée de la haie fruitière : remplacer un mur végétal finalement assez stérile par une haie productive. Il existe de nombreuses façon de créer une haie fruitière. Dans cette vidéo, je partage mes observations sur une haie fruitière adulte, conçue selon des principes très précis :
- La strate haute : des arbres fruitiers classiques conduits en haute tige : pêchers, poiriers, beaucoup de pommiers, quelques kakis et néfliers. Attention, haute tige ne veut pas dire que la greffe est en haut : elle peut être au ras du sol. Cela signifie simplement que l’arbre a un tronc droit et dégagé, et que ses branches charpentières partent en hauteur.
- La strate basse : des arbustes fruitiers plantés entre les grands arbres. Ainsi, tout l’espace est occupé par des plantes capables de donner des fruits.
L’avantage est évident : beaucoup de fruits ! Mais ce système a aussi ses inconvénients :
- La plupart de ces arbres perdent leurs feuilles : en hiver, la haie ne fait plus écran.
- Elle demande plus de soin et d’entretien. Impossible de sortir le taille-haie et de tout tailler au carré à l’aveugle.
Ce que j’ai observé, arbuste par arbuste
La principale erreur de conception, de l’aveu même des personnes qui s’en occupent : trop d’arbustes ont été plantés, et surtout des arbustes trop vigoureux. À garder en tête aussi : cette haie pousse dans le Sud-Ouest, sur un sol drainant. Les résultats ne seraient pas les mêmes partout en France.
- Le noisetier : l’exemple type de l’arbuste trop vigoureux. Un noisetier adulte peut atteindre 4 à 5 m de haut et plusieurs mètres de large. Planté aussi densément près des grands fruitiers, il faut le rabattre tous les ans pour qu’il n’envahisse pas tout… et on n’a donc pas de noisettes. En revanche, c’est pertinent si on le cultive pour son bois : les baguettes de noisetier sont une ressource parfois recherchée.
- Le néflier : présent sous deux formes. En haute tige, aucun problème, il se porte très bien. Mais même conduit en arbuste, taillé régulièrement vers 1,50–1,80 m et un peu à l’ombre des grands arbres, il donne des nèfles (et d’assez grosses, sans doute des néfliers greffés).
- Le grenadier : je n’aurais pas eu le réflexe de le conduire ainsi, mais taillé vers 1,70–1,80 m, même dans une zone assez ombragée, il donne une récolte de grenades tout à fait respectable. Comme le néflier, il faudra le tailler régulièrement pour qu’il ne devienne pas énorme.
- Le feijoa : en théorie, il pourrait fonctionner aussi bien avec un peu de taille. Mais ici, il a été planté beaucoup trop près d’un kaki gigantesque qui lui fait concurrence pour l’eau, les racines et surtout la lumière, alors que le feijoa aime le soleil. Résultat : un ou deux fruits seulement, là où un feijoa de cette taille devrait en porter des dizaines. Son grand atout : il garde ses feuilles en hiver. C’est la plante à placer là où l’on veut conserver un écran opaque toute l’année.
- Le romarin : impeccable, rien à redire, et il ne risque pas de devenir trop grand. Mais c’est parce que le sol est drainant : chez moi, en sol lourd, il ne passerait pas la première année.
- L’églantier (Rosa canina) : parfait. Plante de lisière et compagne des arbres (il pousse spontanément au pied de certains arbres chez moi), il ne devient pas vraiment envahissant et ne concurrence pas les haute-tiges. Ses petits fruits profitent aussi bien aux humains qu’à la faune.
- Le pommier pollinisateur : celui qu’on plante dans les vergers professionnels pour polliniser les variétés cultivées. Conceptuellement, ça se tient. Mais avec déjà autant de variétés de pommiers dans la haie, il n’était pas nécessaire : on aurait pu planter quelque chose de plus intéressant à la place.
Ma propre haie fruitière : la même idée, en plus libre
Je suis moi-même en train de remplacer une haie de cyprès par une haie fruitière diversifiée, sur le même principe mais de façon beaucoup moins stricte. Je plante des arbres en haute tige à intervalles plus ou moins réguliers pour la strate haute (des arbres de 4 à 5 m), et des arbustes en abondance pour combler les espaces entre eux.
Les conditions sont rustiques : je plante directement entre les souches de cyprès, dans un sol très lourd, et sans arrosage l’été, car la pépinière passe en priorité. Et ça marche à peu près !
Surtout, je plante volontairement dense. Avec les étés chauds et secs que l’on connaît, j’ai bien plus peur des pertes que de la concurrence. Si dans 10, 15 ou 20 ans les arbres se gênent, ce sera le signe d’une réussite, quitte à faire du tri à ce moment-là.
Où voir cette haie fruitière ?
La haie fruitière adulte présentée dans la vidéo se trouve au jardin-verger conservatoire d’Assat, près de Pau. Je le recommande chaudement à tous ceux qui s’intéressent aux potagers et aux vergers : on y trouve une foule de légumes, de variétés et d’espèces, dont un magnifique poivrier du Sichuan adulte.



